Les débats écologistes de Fontenay, 2ème édition : L'état du logement en France en 2012

Publié le par Europe-Ecologie - Les Verts de Fontenay-sous-bois

 

 

 

 

 

L'état du logement en France en 2012

Débat du 10 janvier de la coopérative EELV94120

 

 

 

 

 

P1070539C'est devant une trentaine de personnes que s'est déroulé le débat de ce mardi 10 janvier à la Maison du Citoyen et de la Vie associative de Fontenay Sous Bois. Un public plus réduit que lors de la rencontre autour du nucléaire du 10 novembre mais tout aussi désireux de participer.

 

Patrick Conan entame la soirée par une présentation de la coopérative et de son but: porter le débat public sur des questions de fond. Les deux invités sont Jean-Claude Driant, urbaniste et professeur d'urbanisme à l'université de Créteil, et Serge Henry Fourestier, représentant de l'association Solidarités Nouvelles pour le Logement (SNL). Il les invite à discuter des questions qui sont au centre de ce débat, à savoir quoi penser du slogan « Une France de propriétaire », que faire face au problèmes du mal-logement et des sans-logis et comment assurer la mixité sociale.

 

C'est Jean-Claude Driant qui prend le premier tour de parole pour nous livrer son diagnostic. Il faut d'abord, même si c'est difficile, garder la tête froide sur ce sujet. Il faut aussi comprendre, nous dit-il, que ce sujet politique et technique est très compliqué car relié à beaucoup d'autres questions.

 

Première remarque, on parle de « crise du logement » depuis 1850 avec quelques rares interruptions comme dans les années 90.

Ensuite en France il n'y a plus d'autres propriétaires que les HLM et les particuliers (82% du parc), ces derniers pour la plupart n'en possédant qu'un. Ce sont les particuliers qui vendent et sont donc responsables de la hausse des prix. La spéculation financière n'a rien à voir avec cela.

Si on était à 100% de propriétaires, la hausse ou la baisse des prix n'auraient aucun impact. Car si on est propriétaire, on a de quoi acheter un logement.

 

Les Français sont à 80% satisfaits de leur logement. Les ménages n'ont jamais été aussi bien logés qu'aujourd'hui avec une surface moyenne de 40 m². C'est beaucoup si l'on compare aux 22m² moyens des années 70. De même en 70, 1 logement sur 2 n'avait pas de WC inclus alors qu'aujourd'hui seulement 1,3% sont dans ce cas.

Il y a 58% de propriétaires. Même parmi les ménages sous le seuil de pauvreté, 32% sont propriétaires.

 

Cependant il faut tout de suite préciser que ces 40m² moyens ne sont pas la moyenne de Paris. De plus avec le vieillissement de la population, de plus en plus de ménages (un ménage étant une unité habitant un foyer on peut donc avoir un ménage d'une personne) contiennent peu de personnes. De plus en plus de personnes âgées vivant dans des grands logements. 1 logement sur 2 est une maison individuelle alors qu'une maison offre généralement plus de place.

 

Pourtant, comme le disent les chiffres donnés par la fondation Abbé Pierre, il y a 3,6 millions de mal-logés en France. Soit 7% de la population française. C'est un scandale dans un pays riche mais joue à la marge. On a environ 130 000 personnes sans-abris. Mais pour bien voir le problème il faut élargir la focale. Un des problèmes est que pour beaucoup de foyers le logement est le principal facteur de dépense. Il y a ainsi 4 millions de ménages pour lesquels il reste moins de 500 euros par mois et par personne une fois le logement payé.

 

Se pose également le problème de la mobilité, suite à des divorces, des jeunes qui veulent devenir indépendants ou encore une mutation professionnelles. Dans la région parisienne les loyers ont augmenté de 50% et les prix de vente de 120% depuis 10 ans. On a jamais vu ça et les prix continuent de monter depuis la crise. C'est un blocage à la mobilité et un mécanisme de sélection sociale selon que l'on est propriétaire ou non.

Si on est propriétaire on peut vendre son bien (pour un prix qui est celui du marché, donc haut en ce moment) pour en acquérir un nouveau. Le locataire s'il bouge va affronter la hausse des loyers. Car il paye le prix fixé au moment où il a commencé la location corrigé d'un petit pourcentage chaque année.

 

Cela pose un problème particulier dans les HLM. La mobilité sociale s'est effondrée, il n'y a plus d'offre et les files d'attentes augmentent. Les classes moyennes sont touchées, les nouvelles générations découvrent la crise du logement.

 

Concernant les politiques du logement, on peut certes les dire inefficaces. Mais il faut relativiser. On a parlé du logement ces dernières années mais avec une politique qui a pour but de piloter l'économie nationale, de mener une politique de l'emploi pour le secteur du bâtiment, de s'assurer de recettes fiscales, de redonner de l'argent pour la consommation. Ces politiques n'étaient pas destinées de répondre au problème du mal-logement. Les aides visant soi-disant l'accès à la propriété n'étant pas suffisantes, les sommes sont investis dans la consommation.

 

On entend aussi des slogans: « tous propriétaires » et « construisons des logements ». Le premier a été lancé par Giscard d'Estaing mais repris par Mitterrand puis Sarkozy. Il faut se méfier des idées-reçues: le pays avec le moins de propriétaires c'est la Suisse, le pays avec plus de propriétaires c'est l'Albanie. Christine Boutin avait été chargée d'une étude pour étudier le modèle espagnol, elle en est ressorti désespérée car ce pays de propriétaires voulait retourner au locatif.

Nous sommes le dernier pays d'Europe à construire des logements sociaux. Cet objectif a donc été combiné avec la politique d'accès à la propriété. On a donc une répartition diversifiée alors que les autres pays ont choisi de développer soit la location soit la propriété.

 

Jean-Claude Driant a ici un désaccord avec les membres de la Fondation Abbé Pierre. Ces derniers disent qu'il faut construire 1 million de logement or il ne voit pas bien à quelle demande ça correspond. Surtout le problème du logement est à quelques endroits seulement, en région parisienne ou près de la frontière suisse. En Ile de France on a peu construit proportionnellement au nombre d'habitants. Pour construire le logement il faut savoir où les mettre et trouver des maires qui sont d'accord, ce qui est très difficile. Ce genre de mesures c'est pour le long-terme, ça ne suffira pas à faire un changement.

Pour le court-terme il faut capter des logements, prendre aux gens leur propriété. Et là on est face à des particuliers. On parle de 2 millions de logements vacants mais c'est à un jour donné donc ça peut concerner les logements qui sont en train de changer de propriétaires ou bien des logements en zone rurale. Il faut qu'il y ait des logements vacants, s'il n'y en a pas on ne peut pas trouver de logement. La vacance par rétention est quant à elle très difficile à mesurer. Il y a une baisse du nombre de logements vacants et c'est plutôt un facteur de tension.

 

Jean Claude Driant conclut ici son exposé et laisse la parole à Serge Henry Fourestier, de l'association Solidarités Nouvelles pour le Logement. Celui-ci commence par présenter son association, née d'un mouvement de solidarité pour les sans-abris. Les membres ont mesuré le risque de l'indifférence dans un pays qui est riche. Ils ont crée des groupes locaux qui acquièrent un logement et le louent aux gens. Ils sont aidés par les collectivités (50% de financement public grâce à loi Besson de 1990) et doivent trouver 10 à 20% de fonds propres. L'idée c'est de trouver des logements à proximité. Ces groupes se sont montés avec des gens qui ont de l'argent. Il y a un accompagnement qui se fait:

  • Un accompagnement professionnel par des assistantes sociales financés par des allocations d'aides au logement.

  • Un accompagnement bénévole

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La question de la mixité sociale n'est pas simple. Des personnes à qui on a trouvé un logement se retrouvent dans un milieu dans lequel ils ne se sentent pas à l'aise. A Fontenay il y a eu des pétitions de riverains pour les empêcher d'acquérir un logement. C'est pareil dans les Hauts de Seine où Devedjian s'y oppose. Il a dit à SNL d'arrêter de faire de la politique par derrière. A Levallois, la mairie préempte les logements pour éviter que SNL les acquièrent, ce qui est légal. Il y a beaucoup de fantasmes: il faut que les gens se connaissent plus, il faut qu'il y ait des lieux de rencontre. Il existe trois types de logements sociaux: il faut construire au bon endroit et à des prix accessibles.

 

Serge Henry Fourestier pose une question à Jean-Claude Driant sur l'Allemagne, qui est réputé s'en sortir mieux que nous sur ce sujet. L'urbaniste répond que effectivement le logement en Allemagne est moins cher et le prix a diminué. Il y a plusieurs explications à cela: la population baisse, l'Allemagne est plus dense et plus équilibré. Alors qu'en France il y a une grande concentration en Ile de France. En Allemagne l'offre est équilibrée.

Enfin il faut arrêter le discours libéral sur la dérégulation. Les pays où il y a le plus de locataires sont les plus régulés. Ce n'est pas parce qu'il y a régulation qu'il n'y a pas investissement. Sauf que les investissements ne sont pas les mêmes. En Allemagne ce sont les grands fonds de pension qui investissent, ceux-ci sont intéressés par la valorisation du patrimoine, pas par les loyers. En Allemagne il est facile d'aller devant le juge pour contester un loyer. En France on n'a pas la coutume de le faire.

 

En France la rentabilité locative s'est effondrée. Loyers +50%, coûts de logements +120%. Donc les grands investisseurs investissent dans les bureaux plutôt que le résidentiel. S'il n'y avait plus d'offre locative privée, on serait bien embêté.

 

Une question de la salle intervient pour demander ce qui s'est passé dans les années 2000 pour avoir une telle hausse des prix. Jean-Claude Driant répond que cette hausse est due au fait que les conditions de crédit étaient très favorables. Les mensualités sont faibles si on baisse le taux de crédit et qu'on rallonge la durée du temps de crédit. Le marché est très peu transparent et imparfait: de ce fait le raisonnement offre-demande ne marche pas.

 

La salle demande quels sont les problèmes qui se pose aux sans-logers. Serge Henry Forestier insiste sur la diversité des situations. Certains ont juste besoin d'une caution, des gens qui sont en déshérence: certains le sont à un tel point qu'ils préfèrent rester dans les bois alors qu'ils ont retrouvé du travail. Les réponses sont multiples, il faut tout type de logement: des logements d'urgence, le logement dans une famille où les gens ne sont pas isolés, il y a besoin de logements provisoires et aussi de logement pérenne. Il manque beaucoup de logement.

 

Laurence Abeille, adjointe à l'urbanisme à la mairie de Fontenay Sous Bois intervient sur la question des freins au logement social. Son expérience lui a appris la diversité des situations. Il faut une diversité des réponses. Or, le système ne fonctionne pas. Tous les projets de reconstruction font objet de recours, des fois pour de bonnes raisons comme les places de stationnement. Quand on construit il faut faire attention à beaucoup de questions comme celle des places dans les écoles. Si on a autant besoin de logement c'est que les emplois sont en zone dense. Il y a une précarité liée aux transports quand on s'éloigne des emplois.

 

Jean-Claude Driant répond ensuite à une question sur le rôle de la hausse des prix de l'énergie. Le problème selon lui est que l'on manque d'études sur ce sujet. On considère que quelqu'un est en précarité énergétique quand il consacre 10% de son budget aux dépenses en énergie. Mais ceux qui en souffrent n'utilisent pas les 10% car souvent ils se privent.

C'est un chantier gigantesque. On met l'accent sur le logement durable mais les constructions nouvelles représentent seulement 1%. C'est le vieux parc immobilier qu'il faut réaménager. C'est compliqué et c'est cher. Surtout pour le patrimoine rural français comme les maisons à colombages.

 

Réagissant à plusieurs interventions de la salle, l'urbaniste insiste sur le fait qu'il y a danger quand on pousse tout le monde à la propriété, on a vu cela avec l'affaire des subprimes aux Etats-Unis.

 

Sur la question de la mixité sociale, il faut reconnaître que la majorité des Français ne veulent pas de mixité sociale. Lui est pour, mais même certains à gauche ou à l'extrême gauche jugent que ça peut être parfois bien de s'appuyer sur les communautés comme c'est le cas dans d'autres pays.

Certains comparent pour cela les émeutes de Londres et celle des banlieues. En France les émeutiers ont brûlés les biens de leur quartier. En Grande-Bretagne les émeutes ont eu lieu dans le coeur de la ville car le marché immobilier permet une mixité sociale. Certains ont dit que cette mixité sociale créait des conflits. Ce n'est pas parce qu'on habite à côté qu'on habite ensemble.

Un autre problème se pose pour les écologistes: dans l'ensemble les gens sont pour l'étalement urbain. Il y a toujours des gens qui sont pour la mixité sociale mais ils sont de moins en moins écoutés par les politiques et la mixité sociale tend à reculer.

 

 

Mathieu Albouy

 

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