3 La relocalisation de l'agriculture

Document de position « G8 G20 dans un monde en crises : nouveaux enjeux, nouvelles responsabilités » lundi 20 juin 2011

Repris sur Eco info  avril 2011

 

http://www.cdurable.info/Favoriser-une-regulation-efficace-des-marches-agricoles-au-service-de-l-agriculture-familiale-paysanne-et-des-consommateurs,3527.html

 

 

Bientôt, avant de passer à table, au lieu de se souhaiter bon appétit, il faudra se souhaiter

Bonne Chance!“.

 

J’ai eu la chance de rencontrer Coline Serreau.

 

Elle nous a accordé une interview dans laquelle nous évoquons librement des tas de sujets autour du film Solutions locales pour un désordre global, de la terre, bien sûr, mais aussi du féminisme aujourd’hui.

 

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Le film sort enfin sur les écrans dans toute la France, après avoir connu une tournée hexagonale d’avant-première couronnées à chaque fois par des standing ovations.

 

«Les films d’alertes et catastrophistes ont été tournés, ils ont eu leur utilité, mais maintenant il faut montrer qu’il existe des solutions, faire entendre les réflexions des paysans, des philosophes et économistes qui, tout en expliquant pourquoi notre modèle de société s’est embourbé dans la crise écologique, financière et politique que nous connaissons, inventent et expérimentent des alternatives.»


Coline Serreau

 

Ecoloinfo – Qu’est-ce qui vous a le plus marqué pendant le tournage ?

Combien de temps a-t-il duré ?

 

Coline Serreau: Le tournage s’est étalé sur trois ans… le montage deux ans. lI y avait des choses que je tournais en même temps. L’ensemble, c’est un travail de trois ans. La Belle Verte, tournée en 1996, parlait déjà d’écologie et d’une transformation radicale de notre mode de pensée. Il était très en avance, et n’a rencontré le public que bien après sa sortie.
 Il vient d’être réédité en DVD-livre chez Actes Sud, c’est dire qu’il connaît une belle seconde vie.

Il y a trois ans, j’ai commencé à tourner pour mon plaisir des reportages sur divers sujets, dont un entretien avec Pierre Rabhi que je connaissais depuis quelques années. En rentrant du Maroc où j’avais filmé quelques-unes de ses actions, je me suis dit qu’il fallait continuer ce travail et approfondir le sujet dans le monde entier, avec tous les acteurs du changement.
 Je suis donc partie en Inde, au Brésil, en Ukraine, en Suisse, pour interviewer des gens qui proposaient des alternatives crédibles à notre système.


 

J’ai voulu que la parole soit portée autant par les théoriciens et ténors des différents mouvements que par les paysans et les petites gens qui sont les vrais acteurs et inventeurs des changements. 
Je ne voulais pas faire un film qui culpabilise et déprime les gens.

 

Ecoloinfo: Vous avez fait des aller–retour ?

 

Coline Serreau: Non je ne suis pas retournée en Inde et au Brésil ni au Maroc d’ailleurs. Je n’y suis allée qu’une fois… J’avais tellement de matériel.

 

 

Ecoloinfo: Pensez-vous qu’un retour à une agriculture bio ou biodynamique puisse nourrir les 6 milliards d’êtres humains? Et combien de temps faudra-t-il pour purger la terre des engrais et des pesticides?

 

Coline Serreau: Oui… Bien sûr… Bio et locale! Sinon ça ne sert à rien !

Purger la terre, ça par contre… Mais il y a des friches et on peut aussi enlever des parkings… On peut récupérer de la terre. Mais une terre morte, comme ça, tuée par les engrais, les pesticides… c’est quand même entre dix et quinze ans… les solutions, en attendant, c’est de manger sur des potagers localement, ça c’est faisable.

 

Il y a à peu près assez de terres partout dans le monde pour y arriver; ça ne demande pas beaucoup de terre, l’agriculture qu’on appelle extensive, qui nourrit une famille, qui est variée, en polyculture, dans un système intégré avec des animaux…

 

Ce n’est pas énormément de terre qu’il faut, parce que, par exemple, dans le film, on voit Narayan Redi – mais c’est un très bon agriculteur, lui… Sur un hectare huit, il nourrit 15 personnes en autarcie totale. Et il vend beaucoup de produits en plus. Et tout est gratuit là. Il n’achète ni tracteur, ni engrais. Ses graines il les fait; donc il est totalement dans un circuit qui tourne par lui même.

 

Ecoloinfo: Il fait ses graines et il les échange aussi ?

 

Coline Serreau: Oui il les échange.

De toute façon, les graines dans l’humanité ça ne doit pas se vendre, ça s’échange, ça se donne, ça se reproduit soi-même, ça se sélectionne… ça ne s’achète pas…

 

Ecoloinfo: Ce documentaire représente (à mes yeux) un sérieux danger pour les sociétés qui exercent les monopoles que l’on sait. Avez-vous rencontré des problèmes lors de sa production ?

 

Coline Serreau: Non, parce que ça s’est fait très discrètement. J’étais toute seule avec ma caméra (rires) donc, non, je n’ai pas remué ciel et terre pour faire de la publicité. Et comme en plus je n’ai pas demandé de financements aux chaînes de télévision, j’étais tranquille…

 

Ecoloinfo: A-t-il été autoproduit ?

 

Coline Serreau: Dans un premier temps par moi, oui. Ensuite avec une petite aide de Colibris et de quelques partenaires. Puis ensuite il y a Cinéma haut, les producteurs qui sont Guillaume Parent et Mathieu Warter qui ont surtout cherché de l’argent, ils en ont trouvé. (...)

 

Ecoloinfo: En voyant ce film, je me suis dit :

Mais comment est-ce possible qu’il ne soit pas interdit, déjà, d’office, d’emblée ?

 

Coline Serreau: Mais c’est peut-être ce qui va se passer… je ne sais pas ! (rires). Pour l’instant, ce n’est pas interdit… Les avant-premières sont blindées de gens. Les gens prennent quand même ça en pleine poire, mais ils sortent très heureux.

 

Ecoloinfo: Oui, je trouve que c’est très positif à la fin, comme tous vos films.

Vous êtes quelqu’un comme ça.

 

Coline Serreau: Ce n’est pas mortifère. On sort de là on se dit, bon, on peut faire des trucs. [des solutions pour agir sont proposées sur le site du film ndrl].

 

Ecoloinfo: Pensez-vous que ce film va mettre un pavé dans la mare ? Il y a de gros enjeux, non ?

 

Coline Serreau: Je ne sais pas , j’espère…

Il y a des gens qui me disent “Je suis tombé du douzième étage“.

 

Ecoloinfo: A votre avis, le pouvoir du consommateur passe-t-il d’abord par le porte-monnaie ou par la carte d’électeur?

 

Coline Serreau: Et bien certainement pas par la carte d’électeur, ça c’est sûr!

 

Peut-être par le porte-monnaie, mais il passe surtout par l’action… vers l’autonomie. Pas seulement par les choix d’achats. Comme dit Pierre Rabhi (ça c’est vraiment très fort dans le film) : “Le premier acte de résistance, c’est de faire son jardin”. Comme ce n’est pas possible pour tout le monde, il faut se mettre en AMAP, ou avec les paniers paysans…

 

Ou, enfin faire un vrai pont entre le paysan et le consommateur. En passant par-dessus toute la sphère affairiste comme on dit.

 

Et là, c’est le premier acte vraiment émancipateur qui met un sacré bazar dans la fourmilière

 

Ecoloinfo: Et vous, Coline, est-ce que vous cultivez votre jardin ?

 

Coline Serreau: Je n’ai pas l’habitude de parler de moi personnellement. Et surtout pas de me poser en exemple. Je ne suis pas un bon exemple, je vis les mêmes contradictions que les autres, je ne me pose absolument pas en exemple. J’ai une voiture ; probablement que je ne devrais pas en avoir, mais je ne pourrais pas m’en passer pour des tas de raisons. Il m’arrive bien évidemment de prendre l’avion. Je ne fais que des bêtises.

 

Mais quand on changera tous, je changerai avec. Je ne suis pas un exemple et je ne veux surtout pas en être un. Donner des leçons aux gens, c’est pas mon truc, ça. Parce qu’après tout, on n’a pas encore toutes les solutions. On en voit certaines émerger. Mais ce qui est extraordinaire dans la société civile, quand les nécessités sont grandes et commencent à tirailler le corps social, les gens trouvent des idées.  

 

C’est dans la société que les solutions apparaissent. Nous, dans le film, nous montrons les solutions trouvées, mais nous ne disons pas C’EST la solution.

 

Il y en a plein des solutions, autant que de lieux. C’est varié, c’est divers, c’est la biodiversité. Pour chaque terroir, pour chaque histoire, parce que chaque pays à son histoire politique aussi, il y aura des solutions différentes mais qui tendront toutes vers la même chose qui est de respecter la terre pour pouvoir se respecter soi-même. Pour pouvoir manger correctement et vivre dans un système gratuit. La terre, quand elle est bien cultivée, elle donne gratuitement. En abondance. Pas besoin d’argent pour que cela fonctionne… Des animaux, avec leur fumier, des arbres et des haies, des choses qui poussent. Qui sont là… Une microbiologie des sols correcte. Tout ça, c’est là…

 

 

Ecoloinfo: Est ce que cette gratuité, qui peut fonctionner en Afrique ou en Inde, comme on le voit dans le film, peut aussi fonctionner en Europe ou aux USA ? Nous sommes dans des sociétés de profit, de monopoles, de lobbying…

 

Coline Serreau: La terre produit des aliments de façon gratuite, si on le veut. Il faut s’en occuper, bien sûr, et ça c’est du travail, ce n’est pas de l’argent. Contre ce travail, elle vous donnera gratuitement.

 

Nul besoin d’acheter des semences. Enfin, si on vous le permet. Et c’est là où il faut reprendre les armes et les outils de production que sont les semences, que sont les terres, que sont les animaux.

 

Si on continue à nous les confisquer, là il va falloir se bouger.

 

Ecoloinfo: L’écologie est parfois perçue comme un retour en arrière… Ce documentaire est-il recevable pour la majorité des gens, pas encore ou peu sensibilisée ? Peut-on le montrer aux enfants, selon vous ?

 

Coline Serreau: Moi, j’appelle ça un retour en avant. (Rires)…

 

Oui, ce film est assez drôle, on ne s’ennuie pas. On apprend des choses, on voit des choses marrantes, on voyage. Ce n’est pas construit comme un pensum désespéré.

 

Au contraire! C’est aussi un film de fiction presque; avec des tas de personnages, des tas de lieux passionnants. C’est un film que j’ai fait pour le grand public, ça c’est sûr. Les réactions aux projections sont très bonnes. Plus on est dans le grand public, plus elles sont bonnes. Un public d’avant-première, il applaudit à tout rompre. Et les enfants, bien sûr. Bon, l’image du cochon à qui on coupe la queue… mais sinon, oui, c’est un film pour tout public.

 

 

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Un groupe de travail d'Europe Ecologie les Verts de Fontenay-sous-Bois défend le projet d'une Association pour le Mantien de l'Agriculture Paysanne (AMAP) en ville ; des contacts sont pris à divers niveaux pour obtenir les autorisations et budgets nécessaires à son fonctionnement.

 

Qu'est-ce qu'un AMAP?

 

Une AMAP naît en général de la rencontre d'un groupe de consommateurs et d'un producteur prêts à entrer dans la démarche. Ils établissent entre eux un contrat pour une (on distingue en général 2 saisons de production : printemps / été et automne / hiver), selon les modalités suivantes :

Ensemble, ils définissent la diversité et la quantité de denrées à produire pour la saison. Ces denrées peuvent être aussi bien des fruits, des légumes, des oeufs, du fromage, de la viande...

La diversité est très importante car elle permet aux partenaires de l'AMAP de consommer une grande variété d'aliments, d'étendre la durée de la saison, et de limiter les risques dus aux aléas climatiques et aux éventuels problèmes sanitaires.

Pendant la saison, et ce de manière périodique (ex. une fois par semaine), le producteur met les produits frais (ex. les fruits et légumes sont récoltés le matin même de la distribution) à disposition des partenaires qui constituent leur panier. Le contenu de ce dernier dépend des produits arrivés à maturité. Il est possible, dans une certaine mesure, d'échanger les produits entre eux selon ses préférences.

Contrairement à la grande distribution, les consommateurs en AMAP accordent moins d'importance à la standardisation des aliments ; tout ce qui est produit est consommé (alors que dans l'autre cas, ce peut être jusqu'à 60 % de la récolte qui reste au champ). Ce principe est d'une part est très valorisant pour le producteur, et d'autre part il permet de diminuer le prix des denrées en reportant les coûts sur la totalité de la production.

Le groupe de consommateurs et l'agriculteur se mettent également d'accord sur les méthodes agronomiques à employer. Ces dernières s'inspirent de la charte de l'agriculture paysanne et du cahier des charges de l'agriculture biologique (les producteurs possèdent souvent le logo AB). En effet, les participants à l'AMAP recherchent des aliments sains, produits dans le respect de l'Homme, de la biodiversité et du rythme de la Nature.

Les AMAP participent ainsi à la lutte contre les pollutions et les risques de l'agriculture industrielle et favorise une gestion responsable et partagée des biens communs.

 

Les points de discussion préparatoire au lancement de l'AMAP :

le prix du panier, le lieu et l'heure de la distribution périodique.

Le prix du panier est fixé de manière équitable : il permet au producteur de couvrir ses frais de production et de dégager un revenu décent, tout en étant abordable par le consommateur.

Il est en général proche de celui d'un panier composé de la même manière en grande surface, tout en ayant une qualité nutritionnelle et gustative supérieure (dégagé du soucis de rendement et de vente, le producteur recherche la satisfaction des consommateurs en privilégiant les variétés végétales -ou races animales- de terroir ou anciennes reconnues pour leur qualité gustative).

Un tel prix est rendu possible du fait de l'absence de gâchis au niveau des produits, de l'absence d'intermédiaires entre le producteur et les consommateurs, et d'un emballage minimum voir absent.
Afin de permettre la participation de tous à l'AMAP, et notamment des consommateurs à faible revenu, différentes possibilités de règlement existent, par exemple la mensualisation des encaissements des chèques ou la réduction du prix du panier en échange d'une aide à la distribution.

En achetant leur part de production à l'avance, les consommateurs garantissent un revenu au paysan. L'AMAP participe ainsi au maintien d'une agriculture de proximité et à la gestion de la pression foncière.

Quant au lieu de distribution, il peut s'agir soit de la ferme elle-même si les partenaires de l'AMAP vivent dans un périmètre proche de celle-ci, soit d'un point de chute situé en ville (maisons de quartier, magasin d'alimentation spécialisée, cour d'immeuble,...).

L'horaire, enfin, est fixé de manière à convenir au plus grand nombre. Afin de permettre au producteur de se concentrer au mieux sur la qualité de son travail, un comité de bénévoles est formé parmi les consommateurs partenaires de l'AMAP. Il comprend en général un coordinateur, un trésorier, un responsable de la communication interne, un responsable animation et un coordinateur bénévole.

Les membres du comité sont renouvelables à chaque saison de production.

De par ce partenariat de proximité entre producteur et consommateurs, les AMAP favorisent le dialogue social entre ville et campagne, facilitent la coexistence entre les loisirs de plein air et les activités productives, et l'usage multiple des espaces agricoles.

  

Les engagements des consommateurs

 En adhérant à une AMAP, le consommateur prend les responsabilités suivantes :

 S’engager en payant se part de la récolte à l’avance, en comprenant que cela inclut le partage des risques et des bénéfices avec la ferme, pour la saison à venir.

 Venir chercher son panier au jour et à l’heure dits. Prévenir s’il ne peut prendre son panier (retard, vacances, etc.) et convenir d’un arrangement selon les possibilités qui ont été définies au début de la saison.

 Communiquer en toute franchise et liberté ses bonnes remarques, ses questions ou ses insatisfactions directement auprès de son producteur et du coordinateur, pour qu’ils puissent examiner ensemble si des explications ou des améliorations sont possibles.

 Partager ses idées et ses initiatives avec la ferme et les autres partenaires afin d’améliorer le fonctionnement du projet.

 

Les engagements des producteurs

 En devenant partenaire d'une AMAP, le producteur prend les responsabilités suivantes :

  • Produire une diversité de légumes et d’autres éléments, si possible, pour composer des paniers variés.
  • Livrer les produits au jour et à l’heure dits.
  • Aviser ses partenaires en cas de problèmes exceptionnels qui affecteraient la livraison ou toute activité : problème climatique grave, maladie, etc.
  • Être ouvert pour expliquer le travail de la ferme à ses partenaires.
  • Prendre en compte les remarques et les besoins de ses partenaires. Dans le cas où il ne peut satisfaire à une demande, en expliquer les raisons. Effectuer une évaluation à la fin de la saison.

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Posté par Cyrille Souche

 

 

Les 22 et 23 juin, les ministres de l’agriculture du G20 se réuniront pour la première fois à Paris. Alors que la présidence française veut donner la priorité à la volatilité des marchés agricoles et la prévention des crises alimentaires, les ONG françaises ont rencontré Bruno Lemaire ce lundi 20 juin.
Les membres de Coordination SUD et de l’AMCP ainsi que leurs partenaires unissent leurs voix pour que cette régulation des marchés agricoles ne soit pas qu’un effet d’annonce, et que les mesures promises soient réellement au service de l’agriculture familiale et paysanne et des consommateurs.
Rappel des engagements passés

 

Les gouvernements du G8 se sont engagés à Gleneagles en 2005 puis à Muskoka en 2010 à soutenir les efforts pour atteindre les Objectifs du millénaire pour le développement (OMD), et notamment le premier qui vise à réduire de moitié le pourcentage de personnes souffrant de la faim d’ici à 2015.

 

Au sommet de l’Aquila en 2009, une aide de plus de 22 milliards de dollars américains pour l’agriculture et la sécurité alimentaire d’ici à 2012 a été annoncée. Avant même la réunion du G8 à Deauville en mai 2011, il est d’ores et déjà établi que les chiffres de décaissement réel de ces fonds illustreront le manque de volonté des États d’honorer leurs promesses de lutte pour la sécurité alimentaire.

 

Les États membres du G20 réunis à Séoul en novembre 2010 ont soutenu les initiatives et engagements des précédents G8 et mis l’accent sur la nécessité d’évaluer les progrès réalisés en la matière. Ils ont également adopté un plan d’action pluriannuel sur le développement, qui vise notamment à soutenir les investissements dans l’agriculture et la sécurité alimentaire.

 

Ce plan encourage une « croissance économique soutenable » qui privilégie une coopération accrue « du secteur privé » à travers « des investissements responsables » dans l’agriculture.

 

Pourtant, les investissements étrangers, y compris ceux qualifiés de responsables, constituent une des causes exogènes majeures des crises alimentaires et agricoles s’ils ne s’inscrivent pas dans des politiques agricoles et des règles commerciales adaptées aux besoins des populations locales, respectueuses de leurs droits et ayant pour but de favoriser la souveraineté alimentaire.

 

La conclusion du cycle de Doha pour le développement dans le cadre de l’OMC, pourtant appelée de leurs voeux par les membres du G20, va dans le sens contraire puisqu’elle implique le démantèlement des politiques agricoles en mettant fin à toute forme de régulation du commerce des matières premières agricoles.

 

Les membres du G20 ont prévu de discuter en 2011 de « propositions pour mieux gérer et atténuer les risques de volatilité des prix de la nourriture, sans distorsion du fonctionnement du marché ». Il faudra dépasser cette formulation contradictoire pour s’attacher réellement à proposer des moyens de maîtriser les marchés agricoles internationaux.

 

Constats et analyses

Une situation agricole et alimentaire qui appelle des réformes importantes

 

GRETBirmanie_Pierre-Ferrand-150x150La crise agricole et alimentaire de 2007/2008 a gravement touché les populations des pays en développement, plongeant près de 200 millions de personnes supplémentaires dans la sous-nutrition.

 

Parce que les raisons structurelles de cette fragilité n’ont pas été éliminées, celle-ci se prolonge aujourd’hui par une forte augmentation des prix agricoles, mondiaux comme régionaux.

 

La volatilité des prix alimentaires et agricoles a un impact majeur pour les agriculteurs paysans et familiaux et les consommateurs pauvres, en particulier ceux des pays du Sud, premières victimes des crises récentes.

 

La variation brutale et chaotique des prix agricoles pénalise la rentabilité des investissements productifs, l’efficacité de l’organisation des filières et, in fine, la stabilité des prix au consommateur et la sécurité de son approvisionnement.

 

Depuis les années 1980, les diverses politiques néolibérales mises en oeuvre dans les pays du Nord comme du Sud ont poussé à démanteler les outils de régulation existants. Les prix agricoles intérieurs sont de plus en plus alignés sur des cours mondiaux volatiles, permettant aux spéculateurs de trouver de nouvelles opportunités de profit à court terme sur les produits financiers dérivés des marchés agricoles, et mettant en concurrence brutale des formes d’agriculture très différentes, dont les plus intensives sont favorisées par les politiques publiques.

 

Il est donc nécessaire que les pouvoirs publics interviennent pour réguler les marchés et pour stabiliser les prix internationaux et intérieurs, comme l’a fait l’Union européenne par le passé.

 

Par ailleurs, les différentes mesures de maîtrise de la volatilité des prix doivent s’inscrire dans un cadre cohérent au niveau international et favorable à des politiques régionales et nationales agricoles et alimentaires complémentaires. Le cadre actuel a en effet été inefficace pour limiter la volatilité des prix agricoles, tant au niveau international que national, et pour éviter les crises alimentaires. Les mesures actuellement en discussion sont insuffisantes pour inverser la tendance.

 

Les pays du G20 doivent donc appeler l’Organisation mondiale du commerce à réformer les fondements et les mécanismes de l’Accord sur l’agriculture afin qu’il définisse d’autres règles d’accès au marché et autorise des politiques régionales et nationales de régulation destinées à développer une production agricole et alimentaire suffisante, de qualité et qui rémunère correctement les paysans et paysannes, et stabilise les prix agricoles.

 

 

Enfin, les politiques de développement agricole actuelles favorisent essentiellement les investissements dans l’agriculture industrielle agro exportatrice pour répondre à une demande croissante alimentaire et non alimentaire (agrocarburants, bois) des pays du Nord au détriment des populations pauvres.

 

La refonte des politiques et réglementations liées aux échanges de matières premières agricoles doit donc être menée en complément d’un soutien fortement accru à l’agriculture familiale et paysanne et à la production vivrière, et restreignant fortement la marge de manoeuvre de l’agrobusiness.

Recommandations

Le G20 doit s’inscrire dans le cadre d’une politique internationale conduite à l’ONU ou sous son égide

Action Mondiale contre la PauvretéEn matière agricole et alimentaire, les mouvements sociaux réaffirment que le système onusien est seul à même de garantir la représentation des pays les plus pauvres et le développement d’une réelle coopération dans l’élaboration et l’application de la régulation internationale.

 

Depuis sa réforme, le Comité de la sécurité alimentaire mondiale (CSA) rassemble les États, les institutions internationales et la société civile, et constitue le lieu de décisions multilatérales, légitimes et inclusives, où doivent être mises en cohérence les politiques des États et des organisations en matière d’agriculture et d’alimentation.

 

C’est notamment l’enjeu du cadre stratégique global qui devra proposer à la fin 2011 des solutions pour la sécurité alimentaire. Il est de la responsabilité de la France, qui a joué un rôle actif dans la réforme du CSA et l’émergence d’un Partenariat mondial pour l’agriculture et la sécurité alimentaire, de s’assurer que les débats et décisions du G20 s’inscrivent dans ce cadre de travail.

 

Organiser les politiques commerciales et de stockage pour satisfaire en priorité les besoins alimentaires

 

La financiarisation des marchés mondiaux et l’insuffisance de transparence et de régulation mettent en exergue la pertinence théorique et la faisabilité pratique de politiques publiques de gestion des ressources alimentaires au niveau national ou régional.

 

Celles-ci permettraient de limiter les hausses de prix pour les consommateurs et de créer un environnement favorable au développement de la production agricole, en particulier de l’agriculture familiale et paysanne. Il s’agit pour les États de réguler dans des conditions satisfaisantes les volumes ou/et les prix des échanges (importations et/ou exportations) agricoles et alimentaires, éléments clés de l’obtention de niveaux adéquats pour les ressources alimentaires sur les marchés domestiques.

 

En particulier, si la constitution de stocks au niveau local, national ou régional n’est pas sans difficulté, elle peut permettre de stabiliser les prix intérieurs et ainsi réduire les variations inter-annuelles de prix.

 

Ces orientations nécessitent la mise en place d’une réglementation internationale fondée sur le principe de souveraineté alimentaire, c’est-à-dire le droit des populations au niveau local, national et régional de définir leurs politiques agricoles et alimentaires en fonction de leurs propres besoins, sans que les États ne pratiquent de dumping vis-à-vis des États tiers.

 

Les mouvements sociaux estiment que les pays du G20 doivent favoriser une évolution rapide de la réglementation de l’OMC pour permettre des politiques d’échange et de maîtrise de l’offre comprenant notamment :

 

- des dispositifs flexibles sur les importations (notamment les prélèvements variables en cas de prix bas et détaxations en cas de prix élevés) pour les pays en développement pour s’adapter à l’évolution des marchés et à leur volatilité ;

 

- des mesures de sauvegarde exceptionnelles en cas d’évolution forte des marchés ;

 

- l’utilisation d’instruments n’ayant pas été notifiés initialement en cas de fluctuation majeure des prix intérieurs (qu’ils n’aient pas utilisés durant les périodes de référence des notifications, ou que leur processus de notification n’a pas été satisfaisant) ;

 

- la définition, sous l’égide du CSA, d’un cadre de concertation permettant d’éviter que le recours aux restrictions aux exportations de denrées alimentaires en cas de hausse des prix ne pénalise les pays en déficit alimentaire et les populations les plus vulnérables.

 

En matière de stocks, les mouvements sociaux considèrent qu’il est nécessaire de :

 

- proposer à la FAO et au CSA d’établir une « commission » internationale sur les ressources agricoles, afin d’assurer la transparence sur l’état et les prévisions de production, de stocks et d’échanges internationaux ;

 

- sur cette base, proposer à la FAO et au CSA de mettre en place un système mondial coordonné de stocks alimentaires, en application des obligations internationales du droit à l’alimentation. Ce système aura pour objectif de limiter la volatilité des prix sur les marchés agricoles et d’assurer la sécurité alimentaire de tous les pays notamment en favorisant l’approvisionnement à prix maîtrisés des pays déficitaires ;

 

- en complément, soutenir, à travers une aide financière et technique additionnelle, la mise en place de réserves au niveau local, national et international, ayant pour but de limiter la volatilité des prix et d’assurer la sécurité alimentaire des populations concernées et des groupes les plus fragiles, en particulier les femmes et les enfants.

 

Leur gestion doit être définie en concertation avec les organisations de producteurs et de productrices et de la société civile.

 

Encadrer strictement les marchés agricoles physiques et financiers

 

Les institutions internationales – notamment la Banque mondiale, la FAO et la Commission européenne - l’ont souligné ces derniers mois : la spéculation sur les marchés physiques et les marchés dérivés de matières premières a une influence grandissante sur la volatilité des prix des matières premières agricoles.

 

Des réformes sont en cours aux États-Unis et en Europe, et de nombreuses voix réclament une véritable limitation de la spéculation sur ces marchés, qui devra passer par une véritable transparence des opérations des acteurs sur les marchés et le renforcement des autorités de surveillance et de régulation des marchés. Il s’agit de mieux contrôler les échanges et de fixer des limites aux positions des opérateurs sur l’ensemble des marchés mondiaux.

 

Les États membres du G20 doivent se doter de réglementations cohérentes entre elles visant à assurer la stabilité des prix et la sécurité alimentaire et à éviter le déplacement des échanges vers les marchés les moins réglementés. Celles-ci devront a minima comprendre les mesures suivantes :

- exclure l’introduction de produits dérivés basés sur des produits agricoles et alimentaires dans les fonds spéculatifs constitués de produits dérivés, la définition de « limites de position » sur la quantité et la part de l’ensemble du marché qu’un acteur ou une entité regroupant plusieurs acteurs peuvent détenir à un moment donné sur l’ensemble des marchés internationaux,

- l’encadrement strict des transactions de gré à gré par des mesures de supervision et d’obligation de standardisation et de garantie des transactions par les autorités de régulation des marchés, ainsi que la définition de seuils à partir desquels les transactions de gré à gré doivent faire l’objet d’une procédure d’autorisation,

- la définition de règles spécifiques pour chaque type d’acteurs - par exemple les fonds spéculatifs - intervenant sur les marchés de produits dérivés.

Mettre fin aux accaparements de terres

Les accaparements massifs de terres au profit d’intérêts privés ou d’États tiers ciblant des dizaines de millions d’hectares - que ce soit pour des raisons alimentaires, énergétiques, minières, environnementales, touristiques, spéculatives, géopolitiques - portent atteinte aux droits humains. Ils privent les communautés locales, indigènes, paysannes, pastorales, forestières et de pêcherie artisanale de leurs moyens de production. Ils restreignent leur accès aux ressources naturelles ou les privent de la liberté de produire comme ils le souhaitent. Ils aggravent les inégalités d’accès et de contrôle foncier au détriment des femmes. Les mouvements sociaux considèrent qu’il doit être mis fin à tous les accaparements de terres en cours ou à venir. L’établissement d’un « code de conduite pour des investissements plus responsables », ne permettra en aucun cas de prévenir les violations généralisées de droits humains auxquelles ces accaparements donnent lieu. Les membres du G20 doivent donc agir pour mettre immédiatement fin aux accaparements de terres selon les modalités développées dans l’Appel de Dakar de février 2011 contre les accaparements de terres, et en particulier :

- réguler les activités des entreprises publiques ou privées des membres du G20 dans les pays ciblés par les investissements,

- affirmer la primauté des droits humains - tels que définis dans les chartes et pactes internationaux - sur le droit du commerce au moyen d’instruments juridiques contraignants au niveau national et international,

- soutenir les processus en cours au sein du CSA et ne plus soutenir les Principes pour des Investissements Agricoles Responsables (RAI) de la Banque mondiale, qui sont illégitimes et inadéquats pour mettre fin à ce phénomène,

- s’engager à réduire les incitations publiques à la production et à la consommation d’agrocarburants pour donner priorité à la production alimentaire correspondante si la hausse des prix sur les marchés agricoles internationaux menace le droit à l’alimentation des populations,

- affirmer leur soutien aux conclusions de la Conférence Internationale pour la Réforme Agraire et le Développement Rural (CIRADR) de 2006.

Soutenir l’agriculture familiale et paysanne et les politiques publiques agricoles

Les pays importateurs de produits alimentaires sont particulièrement touchés par les hausses de prix, qui rendent plus chers les aliments pour les consommateurs pauvres urbains et ruraux (la majorité des petits agriculteurs des pays du Sud étant importateurs nets), et alourdissent fortement la facture d’importation des Etats. Or, la plupart de ces pays disposent d’un potentiel de production considérable qui n’est pas mis à profit, conséquence de 30 ans de désinvestissement agricole, de retrait des politiques publiques et de libéralisation et d’ouverture des marchés. Toute mesure permettant de diminuer la dépendance des pays importateurs nets de nourriture vis à vis des marchés internationaux doit être retenue comme une piste efficace pour lutter contre les effets de la volatilité des prix. Dans ce sens, il est essentiel que les pays du G20, principales économies mondiales, soutiennent les politiques agricoles des pays du Sud, ciblées en particulier sur la création d’emploi et le soutien aux agricultures paysannes et familiales. Afin de remplir les engagements qu’ils ont pris par le passé en faveur du soutien à l’agriculture, le G8 et le G20 doivent :

- définir une stratégie claire et transparente visant à renforcer la sécurité alimentaire et nutritionnelle des populations les plus vulnérables dans les pays du Sud. Celle-ci doit venir en appui aux stratégies de sécurité alimentaire au niveau national qui soutiennent les agricultures familiales et paysannes, en portant une attention particulière aux droits et à l’accès aux moyens de production des femmes, qui représentent la majorité des agriculteurs dans les pays du Sud. Ces stratégies devront être développées avec la participation active des communautés rurales afin d’accroître la production agricole de manière durable et d’augmenter leurs revenus tout en tenant compte des effets néfastes du changement climatique, pour ce faire, remplir de manière transparente l’engagement pris lors du Sommet du G8 à l’Aquila en 2009 de décaisser 22 milliards de dollars américains en soutien à la sécurité alimentaire dans les pays du Sud avec un calendrier et un plan d’action précis sur les engagements financiers actuels et à venir,

- concrétiser les engagements non-budgétaires du Sommet de l’Aquila, notamment celui de travailler à une meilleure coordination des politiques de soutien à l’agriculture et la sécurité alimentaire des pays du Sud pour s’assurer qu’elles appuient efficacement les stratégies nationales de sécurité alimentaire.

Rédacteurs

Position commune "G8 G20 dans un monde en crises : nouveaux enjeux, nouvelles responsabilités"

Signataires

Action contre la faim, Agronomes et vétérinaires sans frontières, Artisans du monde, CCFD - Terre solidaire, CRID, Fédération les Amis de la Terre, Réseau Foi et Justice Afrique Europe, Secours catholique-Caritas France, Solidarité.

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Cette fiche fait partie du document de position « G8 G20 dans un monde en crises : nouveaux enjeux, nouvelles responsabilités » coordonné par :

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Coordination SUD – Solidarité Urgence Développement
La coordination nationale des ONG françaises de solidarité internationale
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