8a Dossier spécial : Japon

Fukushima : le point au 5 mai 2011

De plus en plus rare dans les médias, la catastrophe nucléaire de Fukushima est pourtant toujours en court. Aujourd’hui, presque deux mois après le début de l’accident, la situation des réacteurs de la centrale de Fukushima demeure « très sérieuse », comme l’écrit elle même l’AIEA.

Le bâtiment d’un réacteur exploré pour la première fois depuis l’accident

Pour la première fois depuis le séisme du 11 mars, des ouvriers sont entrés ce jeudi 5 mai dans le bâtiment du réacteur numéro 1 de la centrale. Ces ouvriers, munis de combinaisons de protection et de bouteilles d’oxygène, doivent mettre en place un système de ventilation pour faire baisser le niveau de radioactivité.
Les travailleurs sont envoyés par l’opérateur TEPCo dans le réacteur par petits groupes, pendant une durée maximum de dix minutes, pour limiter la durée d’exposition aux radiations. La limite légale de radiations autorisées pour les hommes travaillant dans le nucléaire en temps de crise a été relevée à 250 millisieverts par an depuis l’accident de Fukushima, contre 100 auparavant.

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Photo KyodoNews

Inquiétudes autour de la radioactivité en mer

Mardi 3 mai, Le Rainbow Warrior, vaisseau amiral de Greenpeace, a entamé des mesures sur la qualité de l’eau au large de Fukushima. Ces premiers tests, menés au sud de la centrale, visent à mesurer le niveau de contamination de la faune et la flore marine et les impacts possibles sur la chaîne alimentaire. Il s’agit d’une des dernières expéditions du Rainbow Warrior II avant le lancement du Rainbow Warrior III, prévu à l’automne.

Tepco a rendu public ses propres résultats d’analyse de sédiments marins prélevés le 29 avril, à quelques kilomètres de la centrale – précisément dans la zone où Greenpeace voulait envoyer le Rainbow Warrior. À 15 km vers le nord, Tepco a relevé 1 400 becquerels de césium 137 par kilo et 1 300 becquerels de césium 134 par kilo de sédiment. À 20 km vers le sud, il y avait 1 200 becquerels par kilo pour chacun des césium. L’opérateur a également noté une contamination en iode 131 (entre 98 et 190 becquerels par kilogramme). Dans le même temps, les autorités n’ont rien trouvé dans les sédiments à 50 km au sud de la centrale.

Tepco prétend aussi vouloir nettoyer la mer en pompant de l’eau et en la filtrant pour capter certains radioéléments. En effet, malgré le colmatage de la fuite, les niveaux de contamination restent élevés. La compagnie ne peut exclure que la centrale fuit toujours dans la mer, à un moindre niveau que par le passé. Les seules mesures disponibles actuellement concernent l’eau de mer. Pour les êtres vivant dans la mer, il faut multiplier ces valeurs par un facteur de concentration. Quelques valeurs de facteurs de concentration sont données ici sur le site de l’ACRO.

En Belgique, des traces de radioactivité « pas alarmantes » ont été retrouvées sur trois conteneurs d’un bateau provenant du Japon qui avait fait escale en Malaisie. Le bateau était parti de Yokohama, au sud de Tokyo, cinq jours après le séisme. Voir l’article du Parisien

Les relations incestueuses de l’OMS & de l’AIEA

La crédibilité des agences onusiennes, qui surveillent l’accident nucléaire au Japon, reste remise en question. Et notamment celle de l’Organisation mondiale de la santé. Une OMS soumise au bon vouloir de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) et incapable d’évaluer les risques de façon indépendante. L’accord WHA 12-40 qui lie les deux institutions, ne cesse d’être dénoncé, en interne à l’OMS, par les associations de victimes du nucléaires … Lire sur Rue89 Fukushima, Tchernobyl : «  L’OMS répète les chiffres de l’AIEA  » target= »_blank » , et l’enquête de la TSR.

Sur le sujet, six représentants d’un collectif anti-nucléaire ont rencontré mercredi à Genève la directrice générale de l’OMS Margaret Chan. A la sortie de l’entrevue, ils regrettent de ne pas avoir pu obtenir d’engagement ferme. Les militants espèrent qu’un gouvernement mettra la catastrophe de Fukushima à l’ordre du jour de l’Assemblée mondiale de la santé, qui s’ouvre le 16 mai à Genève. L’Allemagne pourrait prendre l’initiative, mais « rien n’est sûr ». Voir l’article de la Tribune de Genève.

Un article du Asahi (version anglaise) daté du mercredi 4 mai rapporte que selon des sources gouvernementales, le montant des compensations s’élèverait à 33 milliards d’euros. Tepco devrait en prendre 50 % à sa charge. Il ne s’agit que d’une première estimation puisque la catastrophe n’est pas terminée.

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Fukushima le 19 Avril.

LES CHIFFRES DE LA CATASTROPHE.

 

Le Gouvernement envisage d’augmenter le prix de l’électricité et d’autres taxes.

 

Ce 19 avril, Le gouvernement, en vue de garantir les ressources financières notamment pour payer tous les dommages et notamment ceux des résidents dans les zones d’exclusions du premier accident nucléaire du pays, va autoriser TEPCO à augmenter le prix de l’électricité.

 

L’indemnisation devrait être énorme pour TEPCO qui s’attend à ce que cela soit « inabordable » et qui souhaite que l’État prenne en charge certaines indemnisations avec les fonds de la nouvelle taxe de solidarité nationale.

 

Le Premier Ministre Naoto Kan pense que cette augmentation serait en quelque sorte une compensation pour TEPCO qui de plus ne pourra pas prendre en charge (supporter) toutes les indemnisations à venir provenant de tout le pays, « il est donc prudent d’augmenter » a-t-il  finalement conclu lors du débat au parlement.

 

Le Ministre de l’Économie, du Commerce et de l’Industrie a déclaré lors d’une conférence de presse que les indemnisations des victimes de l’accident nucléaire, « ne pourraient pas être prises en charge en totalité par TEPCO, il y aura inévitablement un soutien du pays ». 
 

Cette augmentation de l’électricité accompagnée par une augmentation des impôts donnera à TEPCO une aisance financière nécessaire pour faire face à la crise.

 

Bien qu’il soit imposé à la compagnie d’électricité une responsabilité, notamment par rapport à « la loi sur la responsabilité des accidents nucléaires », c’est parce qu’il y a eu un séisme puis un tsunami que l’accident c’est produit, et en vertu d’un contrat avec la compagnie nationale d’électricité et l’État, les dédommagements prévoient globalement pour les centrales nucléaires un montant de 1 456 milliards de dollars issus des mécanismes de compensation (sic : 1200億円まで国が補償する仕組み – 120,000,000,000 Yens );

 

En ce qui concerne les premières évaluations globales et provisoires de la catastrophe de la centrale nucléaire de Fukushima, le chiffre irait jusqu’à 240 milliards de yens, ce qui est bien au-delà des capacités de TEPCO, donc une forte aide gouvernementale sera nécessaire puisqu’il a été déclaré que « le gouvernement soutient fermement le principe d’une indemnisation adéquate (équitable) aux victimes « .
 

Le Gouvernement souhaite aussi que soit payé dès que possible les premières indemnisations.

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Les constructeurs d’automobiles japonais commencent à mesurer les niveaux des radiations des véhicules destinés à l’exportation.

 

Les constructeurs automobiles japonais ont commencé à mesurer les niveaux de radiations de leurs véhicules à l’exportation dans le but d’étouffer les rumeurs venant de l’étranger d’une éventuelle contamination en raison de la catastrophe en cours à la centrale nucléaire de Fukushima Daiichi a déclaré ce lundi un organisme représentant l’industrie.

 

Quatre constructeurs ont mesuré les niveaux de rayonnement de 215 véhicules au cours des 11 derniers jours et rien n’a pas détecté d’anormal dans les niveaux de radiations (ndlr : dit autrement « inférieurs aux normes ») qui pourraient constituer une menace pour la santé humaine, a dit la Japan Automobile Manufacturers Association.
 

Chaque constructeur automobile a contrôlé les niveaux de radiations sur le capot, les pneus et à l’intérieur d’environ 10 véhicules de l’échantillon par envoi.

 

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Suppression temporaire des taxes sur les carburants et allègements fiscaux pour les victimes.

 

Le premier Ministre Kan vient d’annoncer que le chef de Cabinet a présenté ce 19 avril au parlement un projet de loi fiscal spécial extraordinaire pour exonérer temporairement toutes les victimes du tremblement de terre des taxes sur les carburants, visant à réduire le « fardeau » des victimes.

 

Cette loi devrait être adoptée ce mois-ci. Mais les partis politiques peuvent voter aussi une série de mesures d’urgences comme des mesures spéciales de réductions d’impôts concernant les législations sur la reconstruction des maisons et usines endommagées (en soutien à l’effort de reconstruction), la réduction de la taxe sur les voitures, des taxes hypothécaires, des impôts sur le revenu, des impôts fonciers, des incitations fiscales et l’intégration de mesures telles que l’abandon du paiement des impôt et taxes pour les entreprises touchées (en fonction de l’évaluation des dommages), etc … ainsi que pour ceux qui participent aux secours dans les zones sinistées.
 

Parallèlement une taxe nationale de 3 % (un impôt) de solidarité va être créée pour cette catastrophe sans précédent.

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http://enenews.com/

Une colonne de Xénon 133 se dirige vers la côte Ouest des EU.

 

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Traduction Google:

Tokyo Electric Power Co. a déclaré lundi que des barres de combustible nucléaire au réacteur n ° 2 à sa centrale nucléaire paralysé peut être endommagé même si l’ampleur des dommages ne sont pas encore connues.

 

La société a déclaré que son analyse de l’eau dans une cuve reliée à la piscine de combustible usé du réacteur à la n ° 1 usine de Fukushima, ravagé par le 11 Mars séisme et le tsunami, a trouvé 4100 becquerels d’iode radioactif par centimètre cube et 4000 à 160 000 becquerels du césium radioactif.

 

Les niveaux de césium radioactif sont extrêmement élevés, officiel de la société Junichi Matsumoto dit. La société estime que les niveaux, par rapport aux données sur les fuites de la cuve du réacteur, indiquent que les barres de combustible irradié ont été exposés et endommagés. La piscine de combustible usé contient 615 assemblages de combustible.

 

Toutefois, le ministère de l’industrie nucléaire et la sécurité industrielle de l’Agence estime que les matières radioactives détectées sont susceptibles d’avoir fui de la cuve du réacteur.

 

L’agence a expliqué qu’il n’est pas plausible d’associer la forte concentration d’iode-131, dont la demi-vie est courte, avec des barres de combustible nucléaire, qui sont stockés pendant une longue période.

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… Lundi soir, Tepco a déclaré qu’il a détecté de radioactivité élevés provenant de la piscine du combustible usé de l’unité n ° 2, ce qui indique que soit les barres de combustible dans la piscine ont été endommagés ou de la vapeur contenant des matières radioactives qui montait du réacteur dissous dans l’eau de la piscine.

 

Quelques 160.000 becquerels par centimètre cube de césium-134 , 150.000 becquerels de césium-137 et 4.100 becquerels de déchets radioactifs d’iode-131 ont été détectées dans un échantillon d’eau extraite de la piscine de stockage, le samedi.

 

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Après Fukushima : "l'écologie est la plus grande des nécessités dans nos démocraties"

LEMONDE.FR | 04.04.11 | 17h46  •  Mis à jour le 05.04.11 | 08h40

  Eloi Laurent est économiste à l'OFCE et auteur du livre Social-écologie (Flammarion).

Vincent : La catastrophe de Fukushima est-elle une "aubaine politique" pour un parti comme Europe Ecologie-Les Verts ?

La catastrophe de Fukushima change probablement la donne pour l'écologie politique en France et ailleurs, mais je trouve que le terme "aubaine" ne convient pas tout à fait. C'est plutôt une prise de conscience à laquelle nous invite cette catastrophe, prise de conscience quadruple. D'abord sur le fait que les questions écologiques sont des questions démocratiques. Sans l'encadrement de la démocratie, la technique est un fantasme dangereux de maîtrise.

Ensuite sur le fait que les questions écologiques sont des enjeux de long terme. Il ne s'agit pas d'un demi-point de croissance en plus ou en moins, mais de notre capacité à vivre, voire survivre, quand les écosystèmes sont dégradés. Troisièmement, c'est la question de la résistance de la démocratie aux situations de crise qui est posée. Enfin, c'est l'avenir de l'énergie nucléaire. Aubaine, vraiment, je ne crois pas ; en revanche, nous ne pouvons pas regarder ailleurs.

Guest : Comment peut-on parler de la fin du nucléaire sachant que les énergies renouvelables comme le photovoltaique ou l'éolien ne peuvent pas satisfaire les besoins en électricité, même à moyen terme, et que cette décision va à l'encontre de la décision écologique la plus importante de ces 50 dernières années : le protocole de Kyoto ?

Il y a au moins deux questions dans votre question. La première concerne l'importance de l'énergie nucléaire dans l'approvisionnement en électricité des pays du monde, et de ce point de vue-là, il faut savoir que l'exceptionnalisme nucléaire français masque la réalité suivante : l'énergie nucléaire compte moins dans la génération d'électricité que les énergies renouvelable. Deuxième pan de votre question : le changement climatique.

Et là aussi, l'énergie nucléaire compte relativement peu. Elle représenterait, selon l'Agence internationale de l'énergie, 6 % de la solution au problème de l'émission de gaz à effet de serre. La très grande majorité des solutions tient en trois volets : économies d'énergie, efficacité énergétique et énergies renouvelables.

Cienfuegos : A part "il faut arrêter le nucléaire", quelles réponses peuvent formuler les écologistes ?

Précisément, si l'on regarde les scénarios proposés par l'association Négawatt, on voit se dessiner un scénario énergétique à horizon 2050 qui permet de décarboner l'économie sans pour autant nucléariser l'énergie. Il existe d'autres scénarios énergétiques semblables qui laissent une place majeure aux efforts énergétiques et aux renouvelables. Par exemple, ceux qui sont élaborés par l'université Stanford.

Les écologistes, en tout cas ceux qui s'opposent au tout-nucléaire, ont donc des arguments extrêmement convaincants à faire valoir en matière énergétique, technologique et économique. Prenons dans le détail ces trois mesures. Economies d'énergie, cela veut dire développement de nouvelles technologies de l'énergie et de l'environnement, comme par exemple les réseaux intelligents qui sont capables d'éviter les gaspillages en régulant les consommations.

Efficacité énergétique, cela veut dire, par exemple, investissement dans les technologies automobiles, mais aussi dans la rénovation thermique des bâtiments, qui est de loin le gisement le plus important d'emplois verts. Enfin, énergies renouvelables, et là aussi, en particulier en France, tout reste à faire ou, dans le cas du photovoltaïque, à ne pas défaire.

Guilhem : La catastrophe japonaise renforce l'écologie politique de façon probablement très temporaire. Comme pour chaque accident ou catastrophe, tout le monde s'émeut, on prend des mesures spectaculaires et pas toujours adaptées, puis le souvenir s'estompe, on recommence à construire en zone inondable, à parier que l'accident n'arrivera pas...

Ce serait regrettable. Je crois pour ma part qu'on peut parler d'une génération Fukushima composée de gens qui ont soudainement pris conscience de ce que la technique désencastrée de la démocratie représente comme risque majeur pour l'humanité. Le spectacle quotidien à la fois de l'impuissance technologique mais aussi de la défaillance démocratique au Japon ne pourra pas s'oublier aussi vite, car nous savons que devant nous se présenteront des catastrophes que j'appelle dans mon livre "social-écologiques" dans la mesure où leur impact dépendra des conditions sociales et politiques, du niveau des inégalités et de la qualité démocratique.

J'ai été sidéré d'entendre l'ancien directeur de la préfecture de Fukushima attribuer cette catastrophe nucléaire à "une imprévoyance humaine" et à "une dégradation du processus de décision politique". Fukushima nous dit une chose très claire : préparez-vous.

CarolineB : Quel impact peut avoir Fukushima sur notre conscience écologique ?

Votre question rejoint ma première réponse : Fukushima nous rappelle que les enjeux écologiques ne sont pas des contraintes qui pèsent sur notre compétitivité économique, comme on l'entend trop souvent depuis quatre ou cinq ans. Les enjeux écologiques déterminent notre bien-être, ils déterminent aussi l'hospitalité de la planète pour l'espèce humaine.

Fukushima nous a fait brutalement sortir de l'idée que l'écologie est un luxe que nous ne pouvons pas nous offrir en temps de crise sociale, pour nous rappeler qu'elle est peut-être la plus grande des nécessités dans nos démocraties.

Anna : En quoi l'écologie est-elle crédible économiquement parlant ? a-t-on des exemples de croissance verte réussie ? il me semble qu'on manque encore beaucoup de recul

Sur le manque de recul, je suis d'accord avec vous. Il y a quelques études, dont les résultats sont bien entendu discutables, et la notion même de croissance verte est à géométrie variable. Dans un chapitre de mon livre, j'essaie de la définir selon trois dimensions : le développement des éco-industries, l'économie circulaire, c'est-à-dire celle qui réduit les déchets et la consommation d'énergie, l'économie de fonctionnalité, c'est-à-dire celle qui transforme les biens en services pour en diminuer la consommation. Enfin, troisième dimensions, la mise en œuvre de nouveaux indicateurs de développement humain qui permettraient un nouveau pilotage des politiques publiques.

Je parle plus volontiers d'économie verte, regroupant ces trois dimensions, que de croissance verte. Pour répondre plus directement à votre question, il y a un débat qui est en cours sur les pronostics de création d'emplois verts, mais il ne fait guère de doute qu'à condition de disposer d'instruments économiques efficaces tels que des "signaux de prix" - par exemple la taxe carbone -, cette transformation écologique de nos structures économiques sera, comme toutes les précédentes, créatrice d'emplois, et ce d'autant plus qu'elle s'accompagne d'une révolution technologique.

Jézy : Les partis Verts sont-ils vraiment crédibles ? Leurs programmes me semblent toujours bien légers.

Un des enjeux majeurs en France comme en Allemagne, et plus généralement en Europe, où les partis Verts sont les plus développés, est ce que j'appelle la politisation des enjeux écologiques, c'est-à-dire le fait de les relier aux réalités sociales, à commencer par la question des inégalités.

Il ne faut surtout pas que l'écologie s'enferre dans une posture moraliste qui découragera les citoyens, et même, parce qu'elle les culpabilise, finira par les irriter. Il faut connecter l'écologie à la question sociale. C'est ce que j'appelle la social-écologie. Je vous en donne deux exemples simples en France : la précarité énergétique, qui touche près de 13 % des ménages, qui sont donc victimes de mauvaises conditions de logement qui aggravent leur dépendance à la consommation d'énergie.

Cette question doit devenir centrale dans le débat public français. Autre exemple : les inégalités environnementales, c'est-à-dire l'inégal accès aux aménités environnementales et l'inégale exposition aux risques environnementaux.

Là aussi, il faut absolument développer ces thèmes. En France, 60 % des personnes qui sont exposées aux risques industriels habitent en zone urbaine sensible. Il y a donc une "boucle social-environnementale". Les mauvaises conditions environnementales affectent les conditions sociales, et il faut y remédier. On ne peut plus concevoir un Etat providence efficace au XXIe siècle qui ne prenne pas en compte l'effet des conditions environnementales sur le bien-être des populations. Il faut donc passer d'une social-démocratie, un peu usée, à la social-écologie.

Marine : Pensez-vous que l'action de l'Union européenne en ce domaine a un rôle crucial à jouer ? Est-ce que cette catastrophe ne montre pas plutôt les dissensions qui existent au sein des 27 concernant l'atome et la politique énergétique ?

C'est une excellente question. L'Union européenne a évidemment un rôle central à jouer en matière de politique environnementale. C'est d'ailleurs un de ses domaines de compétence majeurs qui s'est fortement développé depuis vingt ans. A tel point que l'Union européenne est aujourd'hui le leader écologique mondial. On le voit notamment sur la question climatique. Pour autant, les divergences dans les réactions, par exemple, entre la France et l'Allemagne, montrent à quel point nous sommes loin d'une politique énergétique européenne, qui n'a jamais été aussi nécessaire et qui pourtant n'a jamais semblé autant hors d'atteinte.

Et pourtant, il s'agit bien d'intégrer les différentes sources d'énergie au niveau européen pour parvenir à construire un véritable réseau européen d'énergies renouvelables. Ce qui permettrait notamment de pallier les problèmes de l'intermittence de ces sources d'énergies.

Il y a de ce point de vue une déconnexion incompréhensible entre une politique climatique européenne de plus en plus unifiée et une politique énergétique européenne de plus en plus fragmentée. S'il n'y avait qu'un dossier dont l'Union européenne devrait s'occuper au cours des trente prochaines années, ce serait celui-là.

Damdam : J'ai la triste impression qu'avant qu'une décision d'ampleur concernant la restriction ou l'interdiction du nucléaire ne soit prise, il faudra qu'on ait tutoyé le pire ici en France. Pensez-vous qu'un déblocage de la situation soit possible avant l'avènement d'une catastrophe nationale ?

C'est tout l'enjeu de l'après-Fukushima, qui intervient à un an de l'échéance politique majeure en France, l'élection présidentielle, et qui de ce point de vue est une opportunité à saisir. Il faut engager un débat sur la stratégie énergétique française à horizon 2050, ce qui ne veut pas dire que nous devons attendre dix ans pour prendre des décisions. Les décisions doivent être prises l'année prochaine pour les quarante prochaines années. Et elles doivent être prises à l'aune de ce qui s'est passé, c'est-à-dire de la possibilité de réalisation du scénario catastrophe.

Cette possibilité est réelle, et nous devons mettre en regard le coût de l'énergie et le coût de la catastrophe nucléaire. Que signifie le fait de payer 20 % moins cher son électricité pendant vingt ans si, par la suite, on ne peut plus habiter pendant des siècles un territoire qui aura été contaminé ?

Je le redis : Fukushima nous plonge dans le long terme, qui est le cadre adéquat pour envisager les questions écologiques.

Bertrand : Alors que la "bataille Fukushima" semblait battre son plein, nous avons vu plus de 60 % d'abstention en France. Comment croire à l'espoir d'un regain de vitalité démocratique dans nos sociétés dans ces conditions ?

La question de l'abstention, et d'ailleurs du vote extrême, pose l'enjeu de l'usure des horizons politiques en France et en Europe. Cette indifférence ne trouvera de remède que dans la réinvention d'un projet collectif. Ce qui est, je crois, précisément ce que les écologistes entendent porter. Nous avons à cet égard le choix en France entre deux formes possibles de troisième force politique : une force politique tournée vers l'avenir et la réinvention de la social-démocratie, et une force politique obsédée par le passé et le ressassement des pages sombres de l'histoire de France.

Mais ce nouvel horizon politique ne sera audible que s'il s'encastre dans les réalités sociales. Sinon, il se réduira à un parti de la catastrophe, anxiogène, et finalement insupportable pour les citoyens.

Pyramid : Est-ce que Fukushima ne risque pas d'orienter la politique écologique uniquement sur les problèmes nucléaires, écartant ainsi tous les autres problèmes environnementaux ?

Entièrement d'accord avec vous. Fukushima doit être l'occasion de poser d'abord l'enjeu énergétique dans son ensemble, et pas seulement l'enjeu nucléaire, et ensuite, ce doit être l'occasion de remettre au centre du débat toutes les questions écologiques : climat, biodiversité, ressources en eau, dégradation des écosystèmes, c'est-à-dire tous les enjeux de long terme de notre développement. De même que le changement climatique a tendance à occuper tout l'espace, de même le nucléaire ne résume pas à lui seul les enjeux écologiques d'aujourd'hui et de demain.

Guilhem : Cécile Duflot a déclaré au soir des cantonales que l'écologie n'est pas de droite ni de gauche. Nicolas Hulot est clairement un libéral. L'écologie politique peut-elle se passer de régulation ? Comment peut-on aller vers plus d'écologie sans remettre en cause l'économie néolibérale ? Peut-on faire confiance aux dirigeants politiques de l'écologie si leur discours n'est pas clair sur ce plan ?

Il y a beaucoup d'aspects dans votre question. J'en retiens deux principaux : l'écologie doit être politisée, c'est ma conviction, mais elle ne doit pas être sous l'emprise de la morale post-partisane. Cette idée que l'écologie n'est ni de droite ni de gauche est, je crois, un piège. L'écologie est de droite et de gauche. Elle est surtout au cœur de la vie de tous les citoyens.

Sur la question du rapport entre écologie et économie, et de la place du néolibéralisme, la thèse que je développe dans mon ouvrage est que le développement des inégalités à la fois au sein des pays et entre les pays depuis deux à trois décennies est insoutenable. Ces inégalités doivent être réduites, et cela suppose notamment de sortir d'une théorie économique qui croit pouvoir résoudre en circuit fermé toutes les questions des sociétés humaines en appliquant le même modèle néoclassique.

C'est l'économie ouverte sur les autres disciplines qui permettra, avec d'autres sciences sociales, de répondre aux défis que nous posent les sciences dures. La démocratie doit reprendre la main.

Points d'étapes  sur la situation de la centrale (vu par TF )

 

Fuites de matériaux contaminés (parmi lesquels l'eau qui sert à tenter de refroidir les réacteurs), bâtiments et systèmes de contrôle endommagés, et chaleur persistante des barres de combustibles : la situation à la centrale nucléaire de Fukushima Daiichi, endommagée par le séisme et le tsunami du 11 mars, reste hors de contrôle. L'opérateur Tepco envisage désormais d'injecter de l'azote dans le réacteur 1 afin d'éviter une possible déflagration. Les experts présents dans la centrale craignent en effet que la quantité d'hydrogène continue à augmenter jusqu'à provoquer une explosion par contact avec l'oxygène dans l'air. Des explosions d'hydrogène ont déjà fortement endommagé le bâtiment extérieur de deux des six réacteurs de Fukushima Daiichi, sans toutefois porter atteinte au coeur de l'installation.

  • Une très forte radioactivité détectée sous la centrale de Fukushima

    De l'iode radioactif 131 a été découvert dans une nappe d'eau située à 15 mètres sous la centrale nucléaire accidentée de Fukushima. Pour autant, les autorités excluent d'augmenter le périmètre d'exclusion autour de la centrale accidentée.

    Publié le 31/03/2011 Une très forte radioactivité détectée sous la centrale de Fukushima
  • Fukushima : de l'iode radioactif dans le lait jusqu'aux Etats-Unis

    Des traces d'iode radioactif, qualifiées "d'infimes", ont été décelées dans un échantillon de lait dans l'Etat de Washington. En Chine, des traces de radioactivité dues à la crise de la centrale nucléaire japonaise de Fukushima sont désormais mesurables sur tout le territoire.

    Publié le 31/03/2011 Fukushima : de l'iode radioactif dans le lait jusqu'aux Etats-Unis
  • Japon : la contamination radioactive s'étend en mer

    Un taux d'iode radioactif plus de 3300 fois supérieur à la norme légale a été mesuré dans l'eau de mer au pied de la centrale nucléaire de Fukushima. Le gouvernement reconnaît qu'il ne peut pas dire quand la situation sera sous contrôle.

    Publié le 30/03/2011 Japon : la contamination radioactive s'étend en mer
  • Fukushima: du plutonium détecté dans le sol

    Du plutonium a été détecté dans le sol à cinq endroits de la centrale nucléaire accidentée de Fukushima, a annoncé l'opérateur du site, Tepco.

    Publié le 28/03/2011 Fukushima: du plutonium détecté dans le sol
  • Sarkozy au Japon jeudi pour témoigner la solidarité de la France

    Le chef de l'Etat rencontrera jeudi à Tokyo le Premier ministre japonais Naoto Kan, puis des membres de la communauté française au Japon. La ministre de l'Ecologie Nathalie Kosciusko-Morizet sera également du voyage.

    Publié le 30/03/2011 Sarkozy au Japon jeudi pour témoigner la solidarité de la France
  • Etat d'alerte maximum au Japon, traces radioactives en Chine

    Critiqué pour sa gestion de la crise nucléaire, le gouvernement japonais, rompant avec ses propos rassurants, se dit "en état d'alerte maximum". L'agence de sûreté nucléaire japonaise reconnaît de "fortes probabilités" de fuites radioactives de l'enceinte de confinement.

    Publié le 29/03/2011 Etat d'alerte maximum au Japon, traces radioactives en Chine
  • Fukushima et le risque de catastrophe nucléaire : la maquette en 3D

    Trois semaines après le séisme et le tsunami au Japon, la situation reste inquiétante dans la centrale de Fukushima. Risque-t-on toujours une catastrophe nucléaire ? Eclairage avec une maquette virtuelle.

    Publié le 04/04/2011 Fukushima et le risque de catastrophe nucléaire : la maquette en 3D
  • Japon : Shizugawa, havre de paix pour les seniors rayé de la carte

    Trois semaines après le séisme et le tsunami au Japon, reportage dans une ville rayée de la carte, Shizugawa. Les personnes âgées y sont les premières victimes, dans un pays où la démographie décline.

    Publié le 03/04/2011 Japon : Shizugawa, havre de paix pour les seniors rayé de la carte
  • Radioactivité dans les aliments : les Japonais confiants

    Au Japon, face aux taux de radioactivité relevés, 3 régions n'ont plus le droit de vendre leurs produits issus de l'agriculture. C'est le cas de la région d'Ibaraki. Pourtant, les Japonais sur place ne semblent pas inquiets. Reportage.

    Publié le 02/04/2011 Radioactivité dans les aliments : les Japonais confiants
  • A Tokyo, la vie reprend doucement

    Les coupures d'électricité pour économiser l'énergie conduisent les Japonais à modifier leur organisation. Là-bas, le risque de radiation est peu évoqué même si ceertains tentent de prendre des précautions.

    Publié le 04/04/2011 A Tokyo, la vie reprend doucement
  • Fukushima : voyage au coeur du champ de bataille nucléaire

    <b>Premières images - </b>Evoluant en combinaison de protection, inspectant les circuits à la torche électrique, les techniciens de Fukushima apparaissent pour la première fois aux yeux du monde.

    Publié le 24/03/2011 Fukushima : voyage au coeur du champ de bataille nucléaire
  • Trois semaines après le séisme et le tsunami au Japon, la situation reste inquiétante dans la centrale de Fukushima. Risque-t-on toujours une catastrophe nucléaire ? Eclairage avec une maquette virtuelle.

  • A Tokyo, la vie reprend doucement

    Publié le 04 avril 2011

    Les coupures d'électricité pour économiser l'énergie conduisent les Japonais à modifier leur organisation. Là-bas, le risque de radiation est peu évoqué même si ceertains tentent de prendre des précautions.

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    Trois semaines après le séisme et le tsunami au Japon, reportage dans une ville rayée de la carte, Shizugawa. Les personnes âgées y sont les premières victimes, dans un pays où la démographie décline.

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Une nouvelle source d'inquiétude, alors qu'une fuite d'eau hautement radioactive qui se déversait dans l'océan en face de la centrale vient tout juste d'être colmatée. Après plusieurs jours d'efforts infructueux pour boucher une brèche de 20 cm dans une fosse technique située au bord de l'océan Pacifique, les techniciens de Tepco ont trouvé la solution mardi en injectant dans le sol du verre soluble (silicate de sodium), un agent chimique qui a pour propriété de se solidifier au contact de l'eau.

 

De l'eau contaminée toujours rejetée en mer

 

Un volume important d'eau très contaminée, provenant du réacteur 2, s'échappait jusqu'alors jour et nuit de cette fosse, à un rythme estimé à sept tonnes par heure. Cette fuite était à l'origine d'une élévation importante du taux d'iode radioactif 131 dans les prélèvements d'eau de mer, à proximité de la centrale. Mais le risque de contamination de l'environnement marin n'est pas pour autant écarté, soulignent les experts. Les opérations de rejet en mer de 11.500 tonnes d'eau faiblement radioactive, selon Tepco, se sont en effet poursuivies ce mercredi, pour la troisième journée consécutive, en face de la centrale et à 250 kilomètres seulement de la mégapole de Tokyo et de ses 35 millions d'habitants.

 

L'évacuation de cette eau dans l'océan, où les radioéléments sont censés se diluer, est nécessaire afin de libérer des cuves de stockage destinées à être remplies d'eau hautement radioactive qui s'est accumulée dans les installations et les galeries techniques des réacteurs 2 et 3. Cette eau polluée contient notamment de l'iode 131, dont la durée de vie se réduit de moitié tous les huit jours, et surtout du césium 137, qui lui reste actif pendant des décennies. Les experts craignent que la chaîne alimentaire marine ne soit contaminée en amont, à travers le plancton qui est consommé par les poissons.

 

Afin de rassurer la population, le gouvernement a fixé un taux limite de radioactivité pour les produits de la mer, similaire à celui établi pour les légumes. Au-delà de 2000 becquerels/kg pour l'iode 131 et de 500 becquerels pour le césium 137, les poissons seront considérés comme impropres à la consommation. Reste que les rejets massifs d'eau polluée dans l'océan risquent de peser encore sur les exportations de produits frais du Japon. L'Inde a décrété mardi une interdiction totale des importations de produits alimentaires japonais, pour une durée de trois mois éventuellement renouvelable. Il s'agit du premier pays à appliquer une telle décision, alors que la Chine, Taïwan, Singapour, la Russie et les Etats-Unis ont limité leurs interdictions aux produits venant de certaines régions du Japon. L'Union européenne, qui a introduit depuis le 24 mars des contrôles à l'entrée des produits venant de ces régions, a décidé d'abaisser le niveau de radioactivité autorisé en s'alignant sur les normes du Japon, déjà très sévères. L'UE appliquait jusqu'ici les plafonds de radioactivité fixés en 1987, après Tchernobyl.

 
Par TF1 News (d'après agence) le 06 avril 2011 à 09:07

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Europe1

Par Aurélie Frex avec agences

 

Publié le 28 mars 2011 à 13h12 Mis à jour le 28 mars 2011 à 13h18

 

La radioactivité aux abords de la centrale inquiète le monde entier. Le point sur la situation.

 

Le Japon s’est d’ores et déjà résigné à un long combat pour contenir le plus dangereux des accidents nucléaires depuis Tchernobyl. Le niveau très élevé de la radioactivité complique en effet les efforts consentis à la centrale nucléaire de Fukushima Daiichi, dans le Nord-Est du pays. Mais où en est-on sur place ?

 

Le réacteur n°2, cœur du danger. L’inquiétude se cristallise au niveau du réacteur n°2. Vendredi, les ouvriers qui s’activent sur le site ont découvert une nappe d’eau radioactive dans le sous-sol de la salle des machines de ce réacteur, certainement due à des cartouches de combustible qui ont temporairement fondu et sont entrés en contact avec l'eau qui sert à refroidir le réacteur. Les dernières mesures, effectuées dimanche, montraient que la radioactivité y était 100.000 fois supérieure à la normale.

 

Mais lundi, de l'eau fortement radioactive a également été découverte à l'extérieur du bâtiment abritant le réacteur. Une eau qui pourrait avoir ruisselé jusqu'à la mer toute proche.

Le personnel de Tokyo Electric Power (Tepco), exploitant de la centrale, tente de pomper cette eau, afin de pouvoir reprendre les opérations visant à relancer le système de refroidissement du réacteur.

 

Reprendre le contrôle des réacteurs. Dans ces conditions, l’objectif des "liquidateurs" est de reprendre le contrôle des six réacteurs de la centrale nippone. Pour le moment, La situation est considérée comme stabilisée dans deux des six réacteurs, mais elle demeure instable dans les quatre autres, d'où se dégage parfois de la vapeur ou de la fumée.

 

Les réacteurs 5 et 6 ont un système de refroidissement alimenté en électricité, et en fonctionnement. Les autres réacteurs ont, eux, pu être partiellement raccordés au réseau électrique. Alors que des opérations de pompage sont possibles dans les réacteurs 1 et 4, elles ne sont pas envisageables dans les numéros 2 et 3 en raison d’un taux de radioactivité trop important.

 

Au-delà du pompage, quelque 500 techniciens, pompiers et militaires continuent à injecter de l'eau douce à l'aide de pompes électriques dans les réacteurs afin d'empêcher le combustible de chauffer, ce qui provoquerait une catastrophe de grande ampleur. Des opérations d'urgence réalisées via des canons à eau et des grues géantes, et qui utilisent de l'eau de mer pompée dans l'océan Pacifique. Or, l'accumulation de sel risque d'entrainer une corrosion des installations.

 

Une aide extérieure. Face aux difficultés rencontrées par le Japon, Tepco a demandé lundi l’aide de ses consoeurs françaises EDF et Areva pour stabiliser l'état des réacteurs.

 

Un "appui" dont s’est réjoui Eric Besson, sur RTL. Le ministre français de l'Industrie a précisé qu’"on a du mal à savoir quelle est très exactement la situation", avant d’ajouter : "quand il y aura le retour d'expérience" des groupes français, "on en saura plus".

 

Par ailleurs, certains appellent à une aide de l’ONU. "Je pense que peut-être, la situation est nettement plus grave que nous ne le pensions", a déclaré un expert, Najmedin Meshkati, de l'université de Californie Sud. "Cela va bien au-delà de ce qu'un pays peut gérer, cela doit être évoqué par le Conseil de sécurité de l'ONU. A mon humble avis, c'est plus important que la zone d'exclusion aérienne au-dessus de la Libye", a-t-il estimé.

 

La pollution s’étend. Autour de Fukushima, la radioactivité a augmenté ces derniers jours. Un niveau d'iode 131 1.850 fois supérieur à la normale a ainsi été relevé en mer au large de la centrale. Il s'agit du niveau les plus alarmants mesurés depuis le début de la catastrophe, il y a maintenant 17 jours.

 

Les conséquences de la catastrophe nucléaire ne sont pas seulement visibles près de Fukushima. De la radioactivité a notamment été mesurée dans l'eau courante à Tokyo. Le ministère japonais de la Santé a d’ailleurs demandé aux usines de distribution d'eau sur tout le territoire de cesser de recueillir l'eau de pluie, afin d'éviter d'éventuelles contaminations par les rejets radioactifs de la centrale de Fukushima.

 

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REUTER

S 28 mars 2011

 

par Kiyoshi Takenaka et Yoko Kubota

 

TOKYO (Reuters) - Les autorités japonaises semblaient lundi se résigner à un long combat pour contenir le plus dangereux accident nucléaire depuis Tchernobyl, la radioactivité élevée compliquant les efforts en cours à la centrale atomique de Fukushima-Daiichi.

 

Les techniciens s'emploient à reprendre le contrôle des six réacteurs de cette centrale, dévastée par le séisme et le tsunami du 11 mars.

 

Un nouveau séisme, de magnitude 6,5, a été enregistré lundi dans la région. Dernière en date d'une longue série de répliques, cette secousse a conduit les autorités à déclencher une alerte au tsunami, qui a été levée peu après. Aucun dégât n'a été signalé du fait de ce tremblement de terre.

 

Selon le dernier bilan en date, le séisme de magnitude 9 du 11 mars a fait 10.804 morts confirmés et 16.244 disparus. Deux cent cinquante mille personnes vivent toujours dans des centres d'hébergement. Les dégâts pourraient s'élever à 300 milliards de dollars, ce qui en fait la catastrophe naturelle la plus coûteuse au monde.

 

A Fukushima, la radioactivité a augmenté ces derniers jours. Les dernières mesures, effectuées dimanche, montraient qu'elle était 100.000 fois supérieure à la normale dans l'eau accumulée au réacteur n°2, et un niveau d'iode 131 1.850 fois supérieur à la normale a été relevé en mer au large de la centrale.

 

Il s'agit des niveaux les plus alarmants mesurés depuis le début de la catastrophe voici 17 jours. "Je pense que peut-être, la situation est nettement plus grave que nous ne le pensions", a déclaré un expert, Najmedin Meshkati, de l'université de Californie Sud. Il faudra sans doute, selon lui, des semaines pour stabiliser la situation, et il sera peut-être nécessaire que l'Onu soit de la partie.

 

"Cela va bien au-delà de ce qu'un pays peut gérer - cela doit être évoqué par le Conseil de sécurité de l'Onu. A mon humble avis, c'est plus important que la zone d'exclusion aérienne au-dessus de la Libye", a-t-il estimé.

 


Eric Faye pour le service français

 

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AFP 24 mars 2011

 

La présence de sel dans l'eau injectée dans la centrale nucléaire japonaise de Fukushima pourrait altérer, « à très court terme », le refroidissement du combustible, s'inquiète l'Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN). Il y aurait un « risque de cristallisation du sel injecté avec l'eau de mer dans les cuves des réacteurs », lequel pourrait entraîner des phénomènes de corrosion, avoir un « impact sur le refroidissement des cœurs », ou encore entraîner « un risque de blocage des soupapes ».

 

 AFP 23 mars 2011

 

Les 13 millions d'habitants de Tokyo ont reçu pour consigne mercredi de ne plus utiliser pour les bébés l'eau du robinet, polluée par la radioactivité de la centrale de Fukushima qui suscite des craintes de contamination alimentaire au Japon et désormais au-delà.

Douze jours après le séisme et le tsunami dans le nord-est du pays, qui ont fait plus de 24.000 morts et disparus dont 9.452 décès confirmés, les autorités nippones ne parvenaient toujours pas à écarter le danger nucléaire.


Une nouvelle fumée noire inquiétante car inexpliquée s'échappait mercredi en fin de journée du bâtiment abritant le réacteur 3 de la centrale accidentée, imposant l'évacuation d'une partie du personnel, a annoncé l'opérateur du site, Tokyo Electric Power (Tepco).

 

Ces nouveaux rejets à l'air libre, montrés par la télévision nationale, ont encore aggravé les peurs de contamination de la chaîne alimentaire.

 

Tokyo a indiqué avoir découvert dans son réseau d'eau des niveaux d'iode radioactif deux fois supérieurs à la norme autorisée pour les nourrissons.

 

Une deuxième ville, Hitachiota, située dans la préfecture d'Ibaraki, au nord de la capitale, a également déconseillé l'eau du robinet pour les bébés, a annoncé mercredi soir la télévision.

 

Le gouvernement a interdit mercredi la commercialisation de produits frais susceptibles d'être pollués par des rayonnements ionisants.

 

Dans la préfecture de Fukushima, où se trouve la centrale, un niveau anormal de radioactivité a été retrouvé dans du lait cru et onze sortes de légumes, ainsi que dans du lait cru et des légumes de trois autres préfectures voisines.

 

Le Premier ministre japonais, Naoto Kan, a ordonné mercredi l'interdiction de la consommation et de la vente des produits provenant de ces zones, notamment les épinards, les brocolis, les choux et les choux-fleurs.

 

"Même si ces aliments sont consommés de façon ponctuelle, il n'y a pas de risque pour la santé", a toutefois affirmé le porte-parole du gouvernement, Yukio Edano. "Malheureusement, cette situation risque de durer longtemps, c'est pourquoi nous demandons leur interdiction dès maintenant".

 

Les tests sur les produits alimentaires vont par ailleurs être étendus à six autres préfectures autour de Fukushima, dont certaines sont aux portes de la mégapole de Tokyo et de ses 35 millions d'habitants.

 

Mardi, le ministère de la Santé a également intensifié les contrôles sur les poissons et mollusques pêchés le long des côtes, après la détection de radioactivité dans l'eau de mer près de la centrale.

 

L'angoisse perceptible chez les consommateurs nippons, très sourcilleux sur la sécurité alimentaire, s'est propagée à l'étranger, où plusieurs pays ont décidé de renforcer les contrôles ou de bloquer purement et simplement les importations de produits alimentaires japonais.

 

Les Etats-Unis ont interdit l'entrée sur leur territoire du lait, des produits laitiers, des légumes frais et des fruits en provenance de quatre préfectures, dont Fukushima.

 

En Europe, la France a demandé à la Commission européenne d'imposer un "contrôle systématique" sur les importations de produits frais japonais aux frontières de l'Union européenne.

 

Paris a déjà décidé d'inspecter unilatéralement les coquillages et poissons en provenance du Japon.

Hong Kong a aussi imposé mercredi des restrictions sur les importations nippones.

 

Ailleurs en Asie, les produits alimentaires de l'archipel commencent à être délaissés par les consommateurs, qui se font également plus rares dans les restaurants nippons de plusieurs métropoles de la région, de Séoul à Manille en passant par Hong Kong.

 

Vingt-cinq ambassades au total, dont celles de l'Allemagne, de la Suisse et de la Finlande, ont fermé temporairement leurs portes à Tokyo, a annoncé mercredi le ministre japonais des Affaires étrangères, Takeaki Matsumoto.

 

Dans le nord-est, les sauveteurs ont commencé le travail pénible d'inhumation de centaines de corps après leur identification par les familles, sans pouvoir les incinérer faute de carburant.

 

Le gouvernement japonais a estimé que le coût du séisme pourrait dépasser l'équivalent de 25.000 milliards de yens (200 milliards d'euros) pour la troisième puissance économique mondiale, sans compter l'impact sur l'activité des entreprises.

 

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Centrale nucléaire de Fukushima : la situation demeure hautement critique

Publié Le 23 Mars 2011 à 13h06

Les informations obtenues par le centre technique de crise de l'Institut de Radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN) permettent d'établir l'état suivant des installations de la centrale de Fukushima :

Les réacteurs n°1, 2 et 3 restent dans un état particulièrement critique en l'absence de source de refroidissement pérenne. Un dégagement, non expliqué, de fumée noire sur le bâtiment du réacteur n°3 a été constaté dans l'après-midi du 21 mars à 16h heure locale et s'est arrêté à 18h heure locale. Ensuite, à 18h20, une vapeur blanche a été observée s'échappant du toit du réacteur n°2. Ce dégagement de vapeur est toujours présent actuellement.

Alimentation électrique

Sur le réacteur n°2, l'alimentation électrique est maintenant disponible.

Le réacteur n°1 est réalimenté à partir du réseau électrique commun aux réacteurs 1 et 2, mais aucun équipement n'a été mis en service.

 

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Sortir de la folie nucléaire

 

«  Une fois de plus, une fois de trop, le nucléaire a frappé.

 

C’est avec le cœur et les poings serrés que nous assistons au drame supplémentaire auquel les Japonais sont confrontés après avoir subi les dévastations d’un tremblement de terre et d’un tsunami. Fukushima apporte la démonstration de l’incompatibilité absolue entre la technologie nucléaire et la sécurité du genre humain...

 

Nous ne savons pas à l’heure actuelle si l’incontrôlable enchainement de la fusion des réacteurs peut encore s’interrompre. Nous ne savons pas si la logique terrifiante s’arrêtera au bord du gouffre ou si une contamination catastrophique va balayer l’archipel et le Pacifique. L’inconnu est insoutenable.

 

Notre solidarité et notre compassion envers les victimes sont totales. Nous veillerons à ce que l’Europe soit en première ligne pour faire face aux conséquences humaines de cette guerre que l’humanité a déclenché contre elle-même. Mais notre colère est immense.

 

Les Japonais risquent de payer lourdement l’insouciance du choix nucléaire comme moteur énergétique, contrairement à toute raison. Ils sont confrontés aux conséquences de la folie démiurgique d’un système économique et d’un mode de développement qui croit pouvoir s’exonérer de l’imprévisible, du risque et des équilibres naturels. Avec le nucléaire, quelle que soit l’excellence technologique de tel ou tel pays, le risque est désormais avéré que l’humanité peut être condamnée à l’impuissance face à une technologie incontrôlable.

 

Fukushima incarne l’impasse tragique d’une civilisation qui accumule les risques. Fukushima doit donc marquer un tournant historique.

 

Nous appelons à l’insurrection des consciences pour en finir avec la folie nucléaire.

 

Les 14 député-e-s européens d’Europe Ecologie s’engagent solennellement à se mettre au service et à renforcer l’immense chaîne humaine qui se développe dans le monde pour interrompre l’aventure nucléaire. Le changement de cap est urgent et il doit être planétaire.

 

En France, cela passe par l’arrêt immédiat de la vieille centrale de Fessenheim, de stopper le chantier du réacteur nucléaire de Flamanville et par la décision politique de programmer une sortie progressive de la dépendance nucléaire qui s’avère une industrie mortifère.  »

 

Bruxelles le 15 mars 2011

 

Les 14 député-e-s d’Europe Ecologie

 

François Alfonsi, Sandrine Bélier, Malika Benarab Attou, José Bové, Jean-Paul Besset, Pascal Canfin, Daniel Cohn-Bendit, Karima Delli, Hélène Flautre, Catherine Grèze, Yannick Jadot, Eva Joly, Nicole Kiil-Nielsen, Michèle Rivasi.

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PARIS - Cécile Duflot, secrétaire nationale d'Europe Ecologie-Les Verts, a appelé mardi gouvernements européens et "filière" du nucléaire à discuter d'une "sortie" de cette énergie, lors d'une "flash mob" (mobilisation-éclair) organisée en solidarité avec le peuple japonais.

"

Il est absolument impératif maintenant d'avoir une réaction à la hauteur de l'enjeu, c'est un enjeu d'humanité maintenant.

 

Et c'est l'ensemble des gouvernements européens, mais plus largement tous les acteurs de cette filière, qui doivent se retrouver autour d'une table et organiser de manière concertée la sortie du nucléaire", a estimé Mme Duflot.

 

Debout sur les marches de l'Opéra Bastille à Paris, une soixantaine de militants et élus écologistes nationaux, régionaux et du Conseil de Paris ont observé une minute de silence, seulement perturbée par une sirène.

 

Ils agissaient "en soutien à la population japonaise face au drame qui est peut-être en train de devenir la pire catastrophe de l'histoire du nucléaire", a expliqué Denis Baupin, adjoint (EELV) au maire de Paris chargé de l'environnement.

 

Cécile Duflot a estimé que l'hypothèse "extrêmement pessimiste" de réacteurs devenus "hors de contrôle" ne pouvait être écartée.

 

Interrogée sur les accusations d'instrumentalisation de l'accident japonais à l'approche des cantonales, elle a estimé que de tels propos étaient "au-delà même de ce qu'on peut considérer comme une façon normale de réfléchir" de la part de "ceux qui ont méprisé pendant des années" les écologistes.

 

Elle a estimé que même si la probabilité d'un tel accident en France était très faible, on ne pouvait néanmoins l'écarter.

 

Le discours sur "l'absence de risque du nucléaire", qui a "intoxiqué les politiques", est "en faillite totale", a-t-elle ajouté. "On a menti pendant des années. C'est absolument tragique de le constater à un moment avec autant de violence".

 

"Il faut impérativement maintenant que tous ceux qui ont un peu d'esprit de responsabilité soient capables de faire passer à l'arrière-plan des questions commerciales et des questions de propagande pour être capables de prendre de bonnes décisions", a-t-elle encore dit.

Par AFP 16 mars 2011
 
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Cohn-Bendit (EELV) : la gauche doit proposer un référendum sur le nucléaire  ©AFP / 14 mars 2011 08h55)
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 Suite au séisme et au tsunami, les réacteurs concernés se sont arrêtés automatiquement. Sur le réacteur de Fukushima Daiichi 1, le système de refroidissement de secours ne s’est pas enclenché provoquant une difficulté à refroidir le réacteur et une surpression majeure.

 

Les autorités ont fait évacuer une zone de 3km puis 10 km autour de la centrale et ordonnent maintenant le confinement dans une zone encore plus large.

 

Une explosion probablement d’hydrogène s’est produite entraînant l’effondrement du toit et des murs. Le réacteur serait partiellement en fusion.  Cet accident illustre dramatiquement ce qu’il se passe quand les circuits de secours ne marchent pas en cas de panne d’électricité. Ce n’est pas le séisme qui a engendré directement l’accident mais bien un dysfonctionnement du circuit de refroidissement de secours.

 

Le Japon est un pays extrêmement bien préparé au risque sismique et nucléaire mais l’accident majeur qui le frappe aujourd’hui nous rappelle qu’il est impossible de garantir un risque zéro.

 

Il souligne la gravité du manquement à la sûreté sur les 34 réacteurs français pour lesquels l’ASN a déclaré le 7 février un incident avec cette phrase particulièrement inquiétante : « En situation accidentelle, pour certaines tailles de brèche du circuit primaire principal, l’injection de sécurité à haute pression pourrait ne pas permettre de refroidir suffisamment le cœur du réacteur. »

 

Les défaillances des groupes électrogènes de secours relevées quelques semaines après sont aussi préoccupantes.

 

EELV demande que les leçons de l’accident de Fuckushima soient immédiatement tirées et que les réacteurs français pour lesquels le système d’injection de sécurité est incertain soient arrêtés par principe de précaution et responsabilité.

 

Jean-Louis Roumégas